Khadija Ben Chaâbane

Khadija Doraï – Ben Chaâbane : la poétesse de La Marsa.

Khadija voit le jour le 5 décembre 1905 au Morkadh, dans la médina de Tunis. Son père, Mohamed Arbi Doraï, est enseignant de langue arabe à l’école Kheireddine et à celle des jeunes filles de la rue du Pacha. Sa mère, Sallouha, est la fille du qadi hanéfite Ismaïl Sfaïhi, figure de l’opposition à la politique du Protectorat français et sympathisant du mouvement « Jeunes Tunisiens ». Ses prises de position le contraignent à quitter la Tunisie, la même année que la naissance de sa petite fille.

Très tôt, Khadija se distingue par l’acuité de son intelligence. Elle développe une sensibilité grandissante à l’endroit de la langue et de la littérature arabes. Son domaine de prédilection sera la poésie.

A l’âge de douze ans, elle s’essaie à l’écriture poétique et à la composition de vers. Aucune trace ne subsiste de ces premiers poèmes. Mais l’exercice lui permettra d’acquérir de l’aisance dans la versification. A dix-huit ans, elle se marie avec Salah Ben Chaâbane, fils adoptif de Tahar Ben Chaâbane, un notable de la médina.

En parallèle à cette vie de femme et de mère, la poésie n’a jamais déserté le cœur et l’esprit de Khadija. Des poèmes, principalement destinés à sa famille, éclosent sous sa plume. Mais l’activité poétique prendra un souffle nouveau pendant et après l’indépendance.

Lorsque la Tunisie signe le protocole d’indépendance, la joie au sein de la famille Ben Chaâbane est immense. En effet, l’intérêt pour la cause nationale ne datait pas de la veille puisque le beau-frère de Khadija est le militant Hédi Saïdi, un des premiers compagnons d’armes de Bourguiba dans la lutte pour l’indépendance du pays, mort dans son exil au Caire en 1948. 

L’accession au pouvoir du Combattant Suprême et la nouvelle ère qui commence sera pour Khadija une source d’inspiration. La production poétique sera frénétique. Le verbe sera mordant. Khadija est de tous les combats : la libération de Bizerte pour laquelle elle consacrera quatre poèmes, la célébration de l’Indépendance, la résistance algérienne…

Sa rencontre avec Bourguiba se fera à la faveur d’un poème intitulé « Libérez la fille » célébrant le premier anniversaire de la promulgation et la mise en application du Code du Statut personnel. Paru au journal Essabeh en 1957, le poème attire l’attention du président de la République. La même année, elle apparaît dans un recueil de poésie, « Oukadhiet Tounès », un collectif regroupant des poètes tels que Jalleleddine Naccache, Ahmed Kheireddine ou encore Naceur Saddem. Elle est la seule poétesse à figurer dans le volume avec quatre poèmes. 

Dès lors, Khadija Doraï-Ben Chaâbane participera à plusieurs rencontres littéraires et divers événements nationaux. Sa poésie sera épique ; elle exprimera la gratitude au Libérateur de la Nation. Elle sera aussi patriotique, mettant en exergue la grandeur de la Tunisie. Dans des manifestations locales, Khadija célébrera la Marsa, sa beauté, sa plage ainsi que le Saf-Saf et son dromadaire.

Sa poésie oscillera toujours entre le grandiloquent et l’intime. Son vers s’érigera comme un étendard au service des causes justes, dénonçant l’iniquité, exhortant à défendre les opprimés, célébrant la liberté. Lorsqu’il s’agit de la famille, ce vers s’adoucit pour exalter les sentiments de tendresse et d’amour à l’égard de ses proches.

La perte de ses trois fils entre 2001 et 2005 est un coup du sort qu’elle encaisse à un âge avancé avec douleur et résignation, l’éloignant définitivement de la poésie. Le 10 juin 2006, elle tire sa révérence, entourée de ses filles et de ses petits-enfants, à l’âge de 100 ans.

En un siècle, Khadija Doraï-Ben Chaabane a connu les deux Guerres mondiales, l’Indépendance, la guerre froide et celle du Golfe. Elle a été épouse, mère, grand-mère et arrière-grand-mère. Dans une Tunisie en construction, elle a été la poétesse de Bourguiba et de la Nation. Elle repose aujourd’hui au cimetière de Sidi Abdelaziz au côté de son fils Tahar.

خديجة دورا – بن شعبان: شاعرة المرسى
ولدت خديجة في 5 ديسمبر 1905 في مدينة مرقاض في مدينة تونس
في وقت مبكر جدا ، تميزت خديجة بحدة ذكاءها في سن الثانية عشرة ، جربت الكتابة الشعرية وتأليف الشعر. في الثامنة عشرة ، تزوجت من صلاح بن شعبان ، ابن الطاهر بن شعبان بالتبني أحد أعيان المدينة
إلى جانب هذه الحياة كامرأة وأم ، لم يهجر الشعر قلب وعقل خديجة أبدًا لكن النشاط الشعري سيأخذ فرصة جديدة للحياة أثناء الاستقلال وبعده
عندما وقعت تونس بروتوكول الاستقلال ، كانت فرحة عائلة بن شعبان هائلة ، حيث أن صهر خديجة هو المجاهد الهادي السعيدي ، أحد رفاق بورقيبة الأوائل في النضال من أجلا ستقلال البلاد ، والذي توفي في منفاه في القاهرة
سيكون مصدر إلهام لخديجة : تحرير بنزرت التي ستكرس لها أربع قصائد ، الاحتفال بالاستقلال ، المقاومة الجزائرية
وسيتم لقاءها مع بورقيبة من خلال قصيدة بعنوان « حرروا الفتاة » احتفالا بالذكرى الأولى لإصدار وتطبيق مجلة الأحوال الشخصية. ولفتت القصيدة ، التي نُشرت في جريدة الصباح عام 1957 ، انتباه رئيس الجمهورية

وفي نفس العام ظهرت في مجموعة شعرية تضم مجموعة من الشعراء مثل جلال الدين النقاش وأحمد خير الدين ونصر صادم وهي الشاعرة الوحيدة التي ظهرت في المجلد بأربع قصائد
ومنذ ذلك الحين ستشارك خديجة درع بن شعبان في عدة لقاءات أدبية وفعاليات وطنية مختلفة. سيكون شعرها ملحمي تعرب عن امتنانها لمحرر الأمة ووطنياً يسلط الضوء على عظمة تونس. و راية في خدمة القضايا العادلة ، تندد بالظلم ، وتحث على الدفاع عن المظلوم ، وتحتفي بالحرية
كانت خسارة أبنائها الثلاثة بين عامي 2001 و 2005 بمثابة ضربة قدر تعانيها في سن متقدمة ، وتبتعد نهائياً عن الشعر. في 10 يونيو / حزيران 2006 ، انحنت ، محاطة ببناتها وأحفادها ، عن عمر يناهز المائة عام

Khadija Doraï – Ben Chaâbane: the poet of La Marsa.

Khadija was born on December 5, 1905 in Morkadh, in the medina of Tunis. Her father, Mohamed Arbi Doraï, is an Arabic language teacher at the Kheireddine school and at the school for young girls in rue du Pasha. Her mother, Sallouha, is the daughter of the Hanafite qadi Ismaïl Sfaïhi, a figure in opposition to the policies of the French Protectorate and a supporter of the « Young Tunisians » movement. His positions forced him to leave Tunisia, the same year as the birth of his little girl.

Very early on, Khadija was distinguished by the sharpness of her intelligence. She is developing a growing awareness of Arabic language and literature. His favorite field will be poetry. At the age of twelve, she tried her hand at poetic writing and composition of verse. No trace remains of these first poems. But the exercise will allow him to acquire fluency in versification.

At eighteen, she married Salah Ben Chaâbane, adopted son of Tahar Ben Chaâbane, a notable of the medina. Along with this life as a woman and a mother, poetry has never deserted the heart and mind of Khadija. Poems, mainly intended for his family, hatch under his pen. But poetic activity will take on a new lease of life during and after independence.

When Tunisia signs the independence protocol, the joy within the Ben Chaâbane family is immense. Indeed, the interest in the national cause did not date from the day before since Khadija’s brother-in-law is the militant Hédi Saïdi, one of Bourguiba’s first comrades in arms in the struggle for the country’s independence, who died in his exile in Cairo in 1948. The rise to power of the Supreme Fighter and the new era that is beginning will be a source of inspiration for Khadija. The poetic production will be frantic. The verb will be biting. Khadija is involved in all the fights: the liberation of Bizerte to which she will dedicate four poems, the celebration of Independence, the Algerian resistance … Her meeting with Bourguiba will take place through a poem entitled « Free the Girl » celebrating the first anniversary of the promulgation and implementation of the Personal Status Code. Published in the Essabeh newspaper in 1957, the poem caught the attention of the President of the Republic .

The same year, she appears in a collection of poetry, « Oukadhiet Tounès », a collective of poets such as Jalleleddine Naccache, Ahmed Kheireddine or Naceur Saddem. She is the only poet to appear in the volume with four poems. From then on, Khadija Doraï-Ben Chaâbane will participate in several literary meetings and various national events. His poetry will be epic; she will express gratitude to the Liberator of the Nation. It will also be patriotic, highlighting the greatness of Tunisia. In local events, Khadija will celebrate Marsa, its beauty, its beach as well as the Saf-Saf and its dromedary. His poetry will always oscillate between the grandiloquent and the intimate. His verse will stand as a banner in the service of just causes, denouncing iniquity, urging to defend the oppressed, celebrating freedom. When it comes to family, this verse softens to exalt feelings of tenderness and love towards those close to you.

The loss of her three sons between 2001 and 2005 is a stroke of fate that she suffers at an advanced age with pain and resignation, definitively moving away from poetry. On June 10, 2006, she bowed out, surrounded by her daughters and grandchildren, at the age of 100.

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